Ma mère m’envoie un message vocal ce matin alors que je suis en classe. Elle m’annonce que, en donnant à manger aux chats, Yanis ne s’est bizarrement pas présenté, lui qui était toujours le premier à pointer sa petite truffe. En passant devant le garage, elle le trouve allongé sous la voiture. Pensant qu’il dormait, elle le caresse pour le réveiller et le nourrir, mais il est raide et froid. Yanis est mort. Comment ? Pourquoi ? Hier encore il était normal, il a mangé avec les autres. J’avais vérifié. Tout semblait bien.
Ma mère m’explique qu’hier matin, il s’était un peu mis en retrait et qu’une teinte noire avait apparu sur son museau. Je n’avais rien vu. Elle me dit qu’elle n’y a pas trop pensé et que, comme j’étais rentrée en retard le soir, elle avait oublié de me le dire.
Mon cœur est serré et la douleur persiste. Je ne comprends pas. Je n’ai pas encore fait mon deuil suite à la perte de Hamza il y a un mois et demi jour pour jour, et celle de Zakaria quelque temps avant. Une voiture avait percuté Zakaria, et quelqu’un avait pris la peine de me le déposer, rempli de sang, devant la porte de la maison. Hamza, lui, avait rendu son dernier souffle le 31 décembre 2025, à côté de mon lit, après des jours de souffrance et une longue nuit d’une lente agonie, marquée par des cris semblant révéler toute l’étendue de sa détresse.
C’était clairement une manière atroce pour moi de finir une année déjà assez difficile. Hamza était mon plus grand amour, mon compagnon de tous les jours. Il était le premier à m’accueillir quand je rentrais, quelle que soit l’heure. Il me suivait à la maison, venait vers moi quand il me sentait triste, fatiguée ou malade. Il dormait souvent avec moi dans ma chambre et prenait la responsabilité de me réveiller. Il était le seul de l’équipe à voyager avec moi, je l’avais materné et il avait fait mon bonheur.
Même après un mois et demi de sa disparition, je garde encore des réflexes : je le cherche, je pense souvent à lui et mes larmes se mettent à couler toutes seules. Voilà qu’aujourd’hui, c’est Yanis qui s’en va, et mon cœur est en mille morceaux. Je pense à eux et à tous ceux qui sont partis avant : May, Maha, Idriss et Yahya il y a quelques années, puis Zakaria, Hamza et Yanis ces derniers mois.
Je ne sais plus quoi penser ni comment gérer cette situation. Une sensation de vide, de colère et de tristesse étreint mon cœur. J’ai peur pour Yasmine, Yassine, Amine, Sfirish et Grirish. Et je tremble à l’idée de perdre un jour ceux qui restent, mes compagnons silencieux qui continuent à remplir ma vie de leur présence fragile.
