J’ai toujours eu un rapport particulier avec la musique. Un intérêt précoce pour cet art a forgé le mélomane que je suis devenu aujourd’hui. Dès mon jeune âge, je fus rapidement initié par mon père. Grand passionné de musique pop et rock des années 80, il se procurait des cassettes VHS de concerts de stars telles que Madonna, Prince et Michael Jackson. Je me rappelle encore de ces dimanches où je m’enfermais dans ma chambre pour m’enjailler sur des sons qui résonnent toujours en moi, comme Like a Prayer, Dirty Diana et plein d’autres…
Arrivé au collège, ce fut le tour de mon oncle Hassan d’affiner mes goûts musicaux. Avec lui, le registre était un peu différent. Les sons qu’il écoutait étaient plus expérimentaux, plus intenses. Hassan avait le goût du storytelling : je découvrais avec lui, derrière chaque artiste, des anecdotes et des histoires, ce qui me donnait encore plus de plaisir à savourer leurs albums. On retrouvait de tout dans sa médiathèque : des Beatles, de Dire Straits, de Queen et surtout de Pink Floyd. À chaque fois que j’arrivais chez lui, la voix de Roger Waters et les riffs de David Gilmour me faisaient entrer dans sa caverne où j’ai cultivé mon amour des vinyles.
Au début des années 2000, avec l’essor d’Internet, la musique extrême, dans toutes ses formes, commençait à faire fureur dans les cours du lycée. Dans ces choix de musiques controversées, je découvris le metal. Pour moi, c’était un choix évident. Je retrouvais presque les mêmes sonorités que le rock, mais avec plus d’intensité et des paroles plus engagées. Le metal a eu également une grosse influence sur mon style vestimentaire. Comme tous les metalheads de mon lycée, je portais souvent du noir et je collectionnais les t-shirts de mes groupes préférés. Cassos, gothiques ou même satanistes, nous étions traités de tous les noms; pourtant, nous n’étions pas violents. Ce que ces gens ne comprenaient pas, c’est que la musique metal, bien qu’agressive en apparence, nous la vivions comme une catharsis plutôt qu’une incitation à la violence.
Au moment où j’écris ces quelques lignes, je fêterai mes 38 ans dans un mois. La musique rock m’accompagne toujours dans ma vie. Au bureau, dans les transports ou chez moi, cette esthétique est devenue pour moi un refuge qui me permet de canaliser mes émotions. Je considère chaque album comme un moment de méditation, chaque session de gratte — car oui, j’ai appris à jouer de la guitare — comme une thérapie.
Malheureusement, les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus le même rapport aux arts. Le dématérialisé est pour moi la cause principale de ce désintérêt pour la musique. Avec des plateformes de streaming comme Spotify, la quête du son n’est plus perçue de la même manière. Cette génération se voit prisonnière entre les algorithmes et les notifications, se retrouvant face à des choix musicaux imposés.
Il est minuit passé et je commence à avoir sommeil. Sur un piano en clair-obscur du titre High Hopes, chargé de regrets et porté par la voix divine de Gilmour, je garde toujours espoir. Et qui sait ? Peut-être que je léguerai un jour cet héritage à mon tour aux plus jeunes…
