Il est 7h00 du matin, Bouchaib est déjà en poste. Tel une sentinelle, il commence par sa tournée matinale pour inspecter les lieux. Rien n’est laissé au hasard. Les cours, les parois, le grand portail et les poternes sont examinés religieusement avant l’assaut des troupes. À 8h00, il monte sur une estrade, s’installe sur sa chaise et accueille les premiers flux humains depuis sa tour de contrôle.
Je l’ai toujours considéré comme la boîte noire de cette faculté de lettres. Il suffit d’amorcer le dialogue avec lui pour se faire submerger par le nombre incalculable d’anecdotes dont il est témoin.
Au fil des années, Bouchaib est devenu, sans le vouloir, un conseiller d’orientation d’exception de cet établissement. En début d’année, quelques minutes lui suffisent pour guider les nouveaux venus dans leurs choix académiques.
Il est réputé également pour son rôle de médiateur entre les étudiants et la direction. Je me demande toujours comment il a pu retrouver ma carte d’étudiant, déclarée perdue par une chargée de direction après plusieurs semaines de recherche…
Du haut de son mirador, Bouchaib continue, jour après jour, à guetter l’ennemi et à rester vigilant pour prévenir toute intrusion. Malheureusement, ce qu’il ignore, c’est que la menace est invisible et qu’elle est déjà parmi nous : il s’agit du déclin silencieux de la qualité de notre enseignement.
