Le Maroc, ce grand décor

À chaque sortie d’un blockbuster filmé en partie au Maroc, un déluge d’articles est publié par les médias locaux pour se féliciter de cet exploit et scander le goût des réalisateurs à choisir le Maroc comme destination privilégiée pour filmer leurs œuvres. En soi, le sujet n’est pas ce choix, que je trouve totalement caricatural, mais il suffit de se demander : Pourquoi le Maroc est-il choisi ? Et surtout, quel Maroc est-on venu chercher ?  Qu’est-ce qui fait que nos paysages sont aussi singuliers ? Surtout après avoir vu les quelques scènes filmées par Nolan dans son dernier film, L’Odyssée.

Quand je relis les critiques faites aux films tournés chez nous, je remarque que les scènes partagent toutes les mêmes décors : désert, palais, paysages côtiers… Nous sommes allés jusqu’à créer des studios à Ouarzazate où nous avons accueilli des productions telles que Gladiator, Kingdom of Heaven ou encore Game of Thrones. Cela peut paraître, pour certains, un exploit, surtout si ce genre d’initiative permet de renforcer notre position parmi les meilleures destinations touristiques au monde. Pour ma part, je trouve cela très réducteur : cela nous essentialise et donne de nous l’image d’un Maroc imaginaire et folklorique, où l’on se retrouve enchaîné et incapable de s’inscrire dans l’air du temps.

En toute honnêteté, je trouve que vendre de la géographie en effaçant tous les progrès d’un pays, ainsi que ses réalités humaines et contemporaines, est criminel. Exposer cette image du Maroc au monde, et plus précisément à l’Occident, lui permet de se projeter dans un passé mythique afin de réaliser ses propres fantasmes.

L’Occident a toujours cherché à cantonner l’Orient dans cet imaginaire. C’est une pratique exercée historiquement par les colonisateurs afin de brider les pays dominés dans des stéréotypes qui nous poursuivent jusqu’à ce jour. Cette forme d’orientalisme donne le droit à l’Occident de décider à notre place de ce que nous sommes, et ralentit drastiquement toute évolution culturelle qui nous permettrait de sortir de cet enclavement.

Que faire face à cette situation ? Répondre à cette question est difficile, mais pas impossible. Selon moi, il faut penser à s’ouvrir culturellement au monde sous d’autres facettes. L’objectif n’est pas d’effacer toute trace de ce qui a fait de nous le pays que nous sommes, mais de montrer l’étendue de notre potentiel culturel et de rappeler que le Maroc ne se limite pas à un simple désert. De par sa position géographique, le Maroc est un carrefour culturel extrêmement riche, et des métropoles comme Casablanca, Rabat ou Tanger sont tout aussi prêtes à accueillir les producteurs pour y tourner des films d’action, des thrillers ou même des œuvres futuristes… N’est-ce pas, Monsieur Mohamed Mehdi Bensaid ?

Étudiant en Lettres et rédacteur passionné par l'actualité culturelle et le débat d'idées.
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