Le père, le fils et le piston

Il est 20h. Cela fait 30 minutes que je suis posé au café, smartphone à la main, à chercher désespérément un sujet à discuter pour mon prochain article. Rien ne me vient à l’esprit. Et voilà que Driss, le serveur, se pointe à ma table merveilleusement aigri pour me lancer un cinglant « Blad dial Bac Sahbi » avant de disparaître sous les acclamations d’un habitué qui réclame une cigarette. Il faut dire que sous le harcèlement continu du proprio du café, Driss est devenu capable de sortir des bizarreries sociologiques qu’il est le seul à pouvoir comprendre comme ce fameux concept de « Bac Sahbi ».

« Bac Sahbi » est l’expression idéale pour décrire toutes les formes de népotisme dans ce beau pays. Ça aurait été tellement drôle de développer cette expression idiomatique avec mon prof de traduction cette année.

Qui aurait dit que de simples liens d’amitié pouvaient tracer des autoroutes pour certains ? En y pensant l’introverti que je suis ne remplit absolument pas ce critère. Mais pas d’inquiétude car je n’ai pas d’enfants à placer.

C’est un fait établi. Le travail paie mais le « Bac Sahbi » rapporte immédiatement.

Voilà que Driss me fait un signe de la main de ne pas partir et de l’attendre. Je connaîtrai certainement bientôt la cause de ce coup de gueule. Dieu seul sait quelle dinguerie systémique il va me pondre après cette réunion officieuse avec sa propre conscience. Restons assis. Mon prochain billet est peut-être en train de s’écrire.

Étudiant en Lettres et rédacteur passionné par l'actualité culturelle et le débat d'idées.
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