Depuis quelques mois, je commence à me pencher sur cette question. Avant toute chose, laissez-moi vous dire que je ne suis ni de droite ni de gauche et que la vie politique ne m’intéresse pas tant que ça. Mais ce qui me pousse aujourd’hui à réfléchir à cette question, ce sont les événements survenus dernièrement à Ceuta.
Nous avons tous suivi cet événement dans les médias : près de 60 000 migrants clandestins auraient tenté de franchir les frontières, se heurtant aux habitants avant d’être expulsés de cet Eldorado. Un sujet déjà relayé il y a quelques jours sur notre blog.
Face à cette crise migratoire, Giorgia Meloni ne mâche pas ses mots et propose d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen, tout en durcissant les contrôles aux frontières. Une position soutenue par la Finlande ainsi que par d’autres pays dirigés par des gouvernements de droite. Alors, pourquoi la question de l’immigration gêne-t-elle autant ces pays ?
Pour répondre à cette question, quoi de mieux que le groupe Bolloré et ses disciples sur CNews ? L’argument central qui revient systématiquement lors des débats sur ce média est que les flux migratoires seraient responsables d’une crise identitaire et déstabiliseraient les équilibres culturels et sociaux. Selon cette lecture, ce phénomène serait également à l’origine d’une hausse perçue de la délinquance, aggravée par les défaillances de la justice et de l’État. Le constat est, pour eux, sans appel : dans les banlieues, quartiers à forte concentration migratoire, les taux de criminalité ainsi que le trafic de drogue battent des records, face à l’incapacité des forces de l’ordre à intervenir.
Pourtant, attribuer cette situation à l’immigration me paraît réducteur. D’après mon analyse, l’immigration en soi n’est pas le problème, car elle joue un rôle crucial face aux difficultés économiques de l’Europe. Le repli nationaliste aggraverait davantage ces difficultés qu’il ne les résoudrait.

Je dirais plutôt que cette crise est profondément culturelle. Ce choc culturel est à l’origine de la crise identitaire mise en avant par le discours de la droite. Le débat se concentre davantage sur l’opposition entre le relativisme culturel, qui prône la diversité et l’égalité des cultures, et le principe d’assimilation, qui exige une adaptation parfois poussée à la culture du pays d’accueil, jusqu’à l’abandon d’une partie de son identité, voir à une forme d’effacement de soi.
Des figures telles que Zemmour, Le Pen ou Bardella revendiquent fortement ce concept d’assimilation, car pour eux, la culture française se meurt. Est-ce légitime ? Je ne peux répondre à cette question, après tout, je ne suis pas français.
Par contre, en étant Marocain, voudrais je un jour voir mon identité disparaître ? Ne plus avoir en moi cette image du Maroc que je porte depuis 38 ans ? Voir un jour des jeunes porter des prénoms dont je n’avais jamais entendu parler ? Voir disparaître sous mes yeux, le couscous du vendredi au profit d’un ramen, d’un thiéb ou d’un curry indien ?
À bien y réfléchir, j’écris ce billet sur un ordinateur américain, en buvant un café italien, tout en écoutant un groupe de rock britannique. Il est peut-être déjà trop tard pour mon identité.
