Le multilinguisme divise, selon une étude

Longtemps considéré comme une richesse culturelle, le multilinguisme est souvent associé aux valeurs de paix et de cohabitation au sein d’une nation. Cette pluralité fascine les esprits et les individus, et joue un rôle essentiel dans la lutte contre le vieillissement des facultés cognitives. Pourtant, une récente étude révèle le contraire. 

Jacques Leclerc, linguiste, sociolinguiste et ancien professeur à la prestigieuse université Laval, au Canada, considère le multilinguisme d’une nation comme son talon d’Achille. Il précise dans son étude que le déséquilibre entre les langues d’un pays peut être à l’origine de sa stagnation, de sa régression, voire de son effondrement. 

Tout d’abord, le chercheur explique que les langues ne se valent pas, puisqu’elles ne jouent pas le même rôle dans la société. Cette diglossie crée une forme de hiérarchisation entre les différentes langues utilisées. D’un côté, on retrouve les langues dominantes, qui s’imposent dans des domaines importants tels que le pouvoir, l’éducation, l’administration ainsi que les médias ; de l’autre, les langues dominées, cantonnées à un usage personnel, familial ou religieux. 

Cette classification est utilisée comme un outil de pouvoir, puisqu’elle crée un sentiment de supériorité chez les locuteurs des langues dominantes et une frustration chez le reste de la population, qui se voit marginalisé. À titre d’exemple, le catalan et le basque en Espagne, le gallois et l’écossais en Grande-Bretagne. 

Autre point crucial : cette diversité linguistique constitue un véritable frein économique sur le plan national. Certains pays d’Europe, la Chine ainsi que l’Amérique du Nord sont cités comme des superpuissances économiques ayant profité d’une certaine unification linguistique à l’école, à l’écrit et dans la prise de décision par leurs États, à l’inverse de plusieurs pays sous développés d’Afrique ou d’Asie qui se retrouvent à la traîne. 

Dernier point clé cité dans cette étude : le multilinguisme est souvent à l’origine de crises identitaires. Ethnies, tribus et communautés cherchent toutes à s’imposer à travers leurs langues, leurs coutumes et leurs traditions. Ce conflit d’identités est, en règle générale, à l’origine de tensions dans un pays, car il est difficile de partager le pouvoir entre deux langues ou plus. Plusieurs exemples sont cités, entre le français et l’anglais au Québec, entre l’arabe et le français au Maghreb, ou encore entre le flamand et le français en Belgique. 

Pour conclure, le multilinguisme favorise la richesse culturelle et les échanges internationaux, mais il peut également engendrer des déséquilibres, ce qui ouvre le débat sur une autre question existentielle : doit-on souhaiter que l’humanité parle une seule langue ? Et qu’en est-il de l’espéranto ?

Sapere Aude !
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